De l’Ethique dans la Blogosphère
Publié par Francis Lelong le 20 mai 2009
Je viens de découvrir ce matin, grâce à Fadhila Brahimi un groupe Facebook (ici) dont le propos est de débattre de l’éthique dans la Blogosphère. Tout est parti d’un article publié en 2007 par Fadhila ici suite à de nombreuses affaires de violation de la vie privée, en particulier l’affaire Manaudou. Aujourd’hui encore, deux ans après, lorsque vous cherchez « Manaudou » dans Google Images, les photos volées ressortent immédiatement. J’imagine pourtant que les avocats de la nageuse française ont tout fait pour les effacer. Preuve une fois de plus qu’il est quasiment impossible aujourd’hui d’effacer les traces qu’on laisse sur le web malgré ce que prétendent certains actuellement. Au mieux, on peu rendre plus complexe l’accès à « l’information » non désirée. Au pire, on renforce le buzz en excitant les chantres de la liberté totale sur Internet, comme si ce media était hors des lois.
Si Internet est LE media de liberté par excellence, c’est n’est pas parce qu’il favorise l’anarchie la plus totale ou une expression libre de toute référence éthique ou légale (diffamation, atteinte à la vie privée, injure publique, …) mais bien parce qu’il permet à chacun de s’affranchir de tout intermédiaire pouvant bloquer l’accès au lecteur final. Grâce à Internet, et la démonstration en a été largement faite, inutile de disposer de capitaux colossaux pour devenir un media. Les entreprises, après les particuliers, l’ont également bien compris et s’emparent de ce nouveau moyen d’expression à bon marché.
Devant les abus de liberté répétés que l’on peut constater, fonder une éthique de la Blogosphère est-il un voeu pieux ? Autant vous dire tout de suite que moi aussi, comme des millions de français, je suis allé voir les photos de Manaudou quand elles sont sorties sur le web. Pourquoi ? sans doute parce que la Blogosphère aujourd’hui, c’est un peu comme les jeux du cirque : le peuple s’amuse à voir ses héros sacrifiés dans l’arène. Mais à qui profite le crime ? A ceux qui utilisent ces « scoops » pour générer du trafic à bon compte, aux blogueurs qui se font payer pour rédiger des articles pour des marques sans avoir à préciser la mention « publi-rédactionnel » sur leur post, aux entreprises qui multiplient les faux profils Facebook, à celles qui dénigrent les concurrents sur Ciao en se faisant passé pour un client mécontent, à ceux qui vendent des faux clics en Chine pour augmenter l’audience des sites éditoriaux, … ? La liste commence à être longue. L’équilibre est menacé car malheureusement le « crime » bénéficie à beaucoup trop de monde. A trop abuser de nos libertés, méfions-nous du retour de bâton législatif qui n’est jamais très loin.
fbrahimi a dit
Tout d’abord merci pour le lien vers le groupe « Pour une éthique dans la blogosphère ». Et aussi de relancer le débat. Tout le mérite te revient d’avouer que comme nous tous le « voyeurisme » nous grignote jusqu’à parfois en perdre la tête.
Le drame dans tout cela : là il s’agissait de qqn de célèbre qui a pu faire jouer ses avocats. Mais des affaires semblables arrivent tous les jours: à la sortie des écoles, dans les caves, dans les soirées arrosées…etc. Des jeunes filles sont prises en photo/vidéo lors de viol et le tout est publié sur le Web et/ou sur des mobiles. Les effets sont dramatiques pour elles et les familles. Les atteintes à la réputation, l’image de marque sont pour tout le monde; pas que pour les stars !
Ce qui m’inquiète surtout c’est que le Web induit en erreur: ferions nous pareil dans la vie réelle ?
Il est vrai qu’à l’époque j’avais accusé les diffuseurs des photos et vidéos de Laure Manaudou complices d’un acte malveillants. Oui, notre curiosité est attisée… mais tout le monde était pourtant conscient qu’elles étaient réalisées dans un cadre privé, dans un but privé et publiées sans l’accord de l’intéressée.
La grande question reste: où commence l’éthique et ou s’arrête -t-elle?
Francis Lelong a dit
@fbrahimi Parfaitement d’accord en ce qui concerne la différence entre les stars et les inconnus car il est vrai que nous sommes tous connus de quelqu’un d’autre, et que ce n’est pas le nombre de visiteurs de l’intrusion non volontaire dans la privée de chacun qui permet de mesurer le traumatisme provoqué par ce genre d’attitude. A mon avis, nous n’agissons pas de la même manière dans la vie réelle pour une bonne raison : c’est que le web offre une illusion plus ou moins réelle d’impunité qui laisse le champs libre aux pires bassesses.
On le voit bien dans tous les domaines, même lorsqu’il s’agit d’une marque ou d’un produit : je ne suis pas certain que beaucoup des excités du web se permettrait de parler de la manière dont il le font d’un produit ou d’une marque s’ils étaient face au représentant de celle-ci.
Tu poses donc finalement la bonne question : où se situe la limite ? A mon sens, la réponse se trouve une fois encore dans l’éducation : au dialogue, à l’écoute, au débat, à la critique constructive, au respect d’autrui, à la compassion, …