En mai dernier, l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille a organisé une double journée d’étude sur le thème du « journalisme numérique ». Chercheurs en sciences sociales et journalistes se sont interrogés ensemble sur les nouvelles manières de faire du journalisme et sur le nouvel écosystème médiatique dessiné par le web.
Les conférences, dont le compte-rendu est disponible en ligne, ont mis en avant les nombreuses mutations subies par la profession depuis l’émergence du web 2.0 : entrée et rôle de l’amateur sur la scène médiatique, fin du monopole des journalistes sur la diffusion de l’information, évolution des formes de récit…
Aujourd’hui, nous souhaitons vous présenter trois nouvelles formes journalistiques qui sont apparues ces dernières années et qui ont largement fait évoluer les modalités d’accès à l’information : le web-documentaire, le data journalism et le newsgame.
1. Le web-documentaire
Le web-documentaire est un documentaire destiné à être principalement diffusé sur le web. Il est conçu en RichMedia, c’est-à-dire qu’il associe texte, son, image, vidéo et animation.
Basé sur le principe de l’interactivité avec l’usager, composé de rubriques et de sous-rubriques, il permet une navigation libre et un récit non-linéaire rappelant sous certains aspects « l’esprit des CD-Rom multimédia des années 90 ». L’interaction avec l’application est totale mais les échanges avec le journaliste et les autres utilisateurs ne sont pas vraiment favorisés…
Innovant par sa forme, le webdocumentaire semble cependant s’inscrire dans la posture traditionnelle du grand reportage: le journaliste enquête sur le terrain, rend compte des événements auxquels il assiste et privilégie les témoignages directs des personnes qu’il rencontre.
J’invite ceux qui ne connaissent pas encore ce format à le découvrir à travers 5 productions réalisées par les étudiants de la Spécialité Web de l’ESJ de Lille (promotion 2010/2011). Vous pouvez aussi vous reporter à la rubrique Webdocumentaires du Monde.fr.
2. Le data journalism
Le data journalism ou journalisme de données consiste à exploiter des bases de données pour ensuite fournir aux lecteurs une information visuelle (schéma, graphique, cartographie). Dans un contexte d’infobésité et de pollution informationnelle, il offre un aperçu « digeste » d’une actualité ou d’un sujet complexe (politique, économie, médecine).
Il n’a pas vocation à remplacer le journalisme traditionnel mais simplement à traiter l’actualité sous un angle nouveau : l’infographie interactive. Cette dernière permet à l’internaute de jouer avec le document (afficher tout ou partie d’un graphique, masquer des données, zoomer sur une carte) pour mieux s’en imprégner.
L’atlas interactif du financement des partis politiques réalisé par l’agence Dataveyes et LEXPRESS.fr est un très bel exemple de cette nouvelle forme de journalisme qui, innovant à la fois sur les modalités de collecte, de traitement, de représentation et de diffusion de l’information, semble incarner parfaitement le journalisme dit « 2.0 ».
Dans l’esprit du web participatif et dans une logique de crowdsourcing, les internautes peuvent également être mis à contribution…
Je vous propose de vous essayer sans plus tarder à ce journalisme de données en testant trois outils gratuits et disponibles en ligne: Manyeyes, Google Chart Tools, Yahoo Pipes.
3. Le newsgame
Le newsgame ou serious game journalistique propose une analyse profonde d’un sujet d’actualité particulièrement complexe (serious) sous forme ludique et attrayante (game).
Dérivé du jeu vidéo, le newsgame propose à l’usager de (re)vivre une situation nationale ou internationale réelle (conflit, désordre social, campagne électorale) afin de mieux décrypter les éléments qui la composent.
Dans cette lignée, des games designers de chez KTM Advance ont élaboré, en partenariat avec l’ESJ de Lille, un jeu consacré aux élections primaires du Parti Socialiste qui sera très prochainement en ligne sur le Monde.fr : Primaires à gauche .
En attendant de pouvoir percer les arcanes des primaires socialistes, vous pouvez toujours essayer de gérer un camp de réfugiés dans l’enfer du Darfour ou vous mettre dans la peau d’un pirate somalien.