Trop de Google tue-t-il Facebook ?
Publié par Anthony Grolleau-Fricard le 16 septembre 2011
On le disait dans un précédent billet (la Googlisation de Facebook ou la Facebookisation de Google), l’arrivée fulgurante de Google Plus au début de l’été, exploitant les limites clairement identifiées chez Facebook, a réchauffé une guerre froide qui s’installait sur fond de lutte d’influence et de drainage de trafic. Etrangement, au lieu de construire chacun une identité propre, de jouer sur leurs différences, Facebook et Google Plus ont décidé de se concurrencer directement.
Facebook, en position dominante, cherche à garder la main. Il corrige donc les “failles” de son fonctionnement que Google a tenté d’exploiter. Après avoir lancé une application (Facebook Circle Hack) permettant de classer ses amis par cercle, il développe les Smart Lists qui classent automatiquement vos amis. C’est clairement une réaction face aux cercles Google.

Autre nouveauté qui a fait beaucoup de bruit cette semaine, Facebook lance un bouton “subscribe” qui permet de suivre le feed des publications publiques d’une personne (on peut choisir toutes ses publications publiques ou les plus populaires) sans pour autant qu’elle devienne votre ami. Pour Facebook, cette décision est une petite révolution. On ne parle plus de réciprocité (pour devenir ami, il fallait l’accord de l’autre ), une des valeurs sûres et fondatrice de ce média social.
On le voit donc, cette guerre entre les deux géants du web touche jusqu’à des fondamentaux de leur fonctionnement. La réciprocité était critiquée par certains mais n’avait pas posé de problème à la majorité des 750 millions d’utilisateurs de Facebook. Créer les Smart Lists était une bonne idée et pouvait renforcer la confidentialité de certaines données sans demander à tous les utilisateurs de faire un laborieux travail de classement de leurs nombreux amis. Mais le bouton “subscribe” risque de venir polluer les feeds de vos amis, de vos communautés : leurs publications et leurs actualités, produisant déjà beaucoup de buzz, ne vont-elles pas être plus difficilement identifiable dans le flot d’autres contenus ?
D’ailleurs qui allez-vous suivre ? Un professionnel influent de votre secteur ? N’y a-t-il pas d’autres plateformes pour faire ça ? (Viadeo, LinkedIn, Twitter et les pages Facebook)
Et une communauté ne se construit-elle pas sur la réciprocité ? Je te suis, tu me suis, on interagit.
Autrement dit, est-ce que Facebook ne pervertit pas un de ses fondamentaux ? Ne se met-il pas ainsi en danger ? Ce bouton “subscribe” pourrait très bien devenir un ingénieux cheval de Troie qui déplacerait Facebook du coeur de son fonctionnement que sont les réseaux et les communautés pour devenir un peu trop un média. Emmanuel Gadenne, dans un billet sur les explorateursduweb.com, écrivait que Twitter est plus un média social qu’un réseau social. Aujourd’hui, en voyant les récents choix stratégiques de Facebook, on peut se poser la même question à son sujet.
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