Dans son livre intitulé L’Effet Whuffie, publié en Amérique du Nord en 2009, Tara Hunt posait Twitter comme un outil conversationnel extraordinaire entre les individus mais également entre les marques et les consommateurs. Or, en novembre 2011, une étude du Pew’s Research Center a analysé les contenus de tweets de 13 des plus importantes sources d’information US mais aussi de journalistes indépendants. Il en est ressorti que 93% des tweets contenaient des liens pointant vers le site appartenant à l’émetteur du message contre seulement 6% de tweets ne contenant pas de liens et, donc, étant plus conversationnels.
Ce résultat illustre donc une utilisation de Twitter aux antipodes de ce que pouvait envisager et promouvoir Tara Hunt il y a encore deux ans.
Cet état de fait semble être généralisé. Il suffit de jeter un oeil aux comptes de marques mais aussi à de nombreux comptes d’utilisateurs individuels. L’aspect social et conversationnel de Twitter n’est pas entré dans les moeurs ou, à tout le moins, est limité à des retweets (RT), des remerciements de RT, etc.
En ce qui concerne les marques, il y a clairement un manque de lien social avec les followers.
Certes, le compte twitter d’Aéroports de Paris peut-être cité en exemple. Nous avons rapidement analysé son taux d’engagement de la conversation. Sur 15 jours, entre le 22 novembre et le 4 décembre 2011, 25,80% des 62 tweets publiés répondaient à des Twittos, les interpellaient ou les retweetaient. Ce résultat est égal au taux de tweets ne traitant pas directement d’ADP mais d’informations diverses (actualité de compagnies, trafic sur l’A6B, etc.). Et finalement le taux de tweets ayant pour sujet l’actualité d’ADP (ouverture de magasins, grèves, ateliers et activités) n’est que de 48,40%. Malheureusement, cette stratégie conversationnelle d’ADP fait figure d’exception. Comme le rappelait Claude Monnier, lors d’un petit-déjeuner sur les réseaux sociaux et le recrutement 2.0, Twitter est souvent utilisé par les marques comme des flux RSS “sociaux” où on pousse de l’information uniquement liée à l’entreprise qu’on veut publiciser, en espérant qu’elle soit retweetée.
Mais concrètement, est-ce que Twitter est un espace de conversation ?
Pas facile d’engager la conversation quand il est difficile d’être vu par ses cibles et ses clients. Or, c’est un des principaux problèmes de Twitter : l’information y est hautement périssable. Sa durée de vie est très limitée et elle a une fâcheuse tendance à se perdre dans le flux de tweets et de publication des autres Twittos.
Il faut aussi se demander si la cible, à tout le moins les clients, de la marque sont présents sur ce réseau social. Or, les dernières statistiques illustrent bien que, même si Twitter croît en France, il n’est pas encore un acteur majeur. Selon Médiamétrie, en septembre 2011, Twitter se plaçait à la 11ème place des médias sociaux et blogs les plus consultés en France. De plus, en décembre 2011, le site de microblogging ne compte que 3.6 millions d’utilisateurs en France, soit un taux de pénétration de 6% contre 38% pour Facebook.
Un autre élément qu’il faut prendre en compte est la volonté d’engagement des Twittos avec les marques. Selon une récente étude TNS-Sofres, 59% des Français ne souhaitent pas s’engager avec les marques sur les médias sociaux. Difficile d’échanger, de converser si les cibles ne sont déjà pas intéressées par le conversationnel.
N’oublions pas également que la limite des 140 caractères peut vite devenir un obstacle lorsqu’on veut discuter. Il faut être succinct, bref, alors que l’engagement de la conversation peut demander plus qu’une poignée de caractères.
Quant aux nouvelles pages Twitter pour les entreprises, elles augmentent la visibilité de la marque, lui permettent de mettre l’accent sur un tweet en particulier mais elles n’apportent aucune amélioration en matière de conversation.
Dans ces conditions, faire du pushing d’information reste le plus simple pour les marques présentes sur Twitter.
Cela ne veut clairement pas dire qu’il est déconseillé d’aller sur Twitter, ou qu’y être présent n’a aucun intérêt. Disons qu’il faut envisager la présence d’une marque sur le site de microblogging en prenant en compte ces éléments et évaluer la pertinence de se positionner sur ce média social. Il est dés lors important de bien cibler les raisons pour lesquelles elle souhaite être présente sur Twitter : occuper l’espace, diffuser de l’information, rajeunir ou moderniser son image, etc..
Mais si elle ne souhaite pas engager la conversation, la marque doit tout de même être prête à répondre à des interpellations de Twittos, à réagir en cas de crise ou de bad buzz. Une question ou une remarque d’un utilisateur de Twitter qui resterait sans réponse, sans réaction pourrait avoir des conséquences négatives sur l’image de la marque. Alors si Twitter ne s’impose pas comme un outil conversationnel, la conversation ne peut pas être évacuée. Elle reste présente et doit être incluse dans toute réflexion stratégique.